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SEPTEMBER 2009
Volume 3, Number 6

 
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 Subject Category: Research Article
Biomatec Echo, Vol.3, No.6 pp. 26 – 30 | Published online: September 2009
Action de certains pesticides sur la croissance du champignon ectomycorhizien  Pisolithus tinctorius.

Belkouri A.1, Es-sgaouri A.2, Aouadj R.2 et Dahchour A.3

1- Ecole Normale Supérieure, Casablanca, Maroc.
2- Laboratoire de biotechnologie, Faculté des Sciences, Université Hassan II Aïn Chock, Casablanca, Maroc.
3- Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, BP 6202 Rabat-Instituts, Maroc.

Correspondence: Tél. +212(0)22544510, Fax +212(0)22985326, Maroc - email: Belkouri A.

 

INTRODUCTION

Dans les conditions naturelles la plupart des végétaux s’associent avec les champignons du sol  pour former des structures symbiotiques les  mycorhizes (FRANCK, 1885). Pisolithus tinctorius est  un champignon ectomycorhizien cosmopolite, qui forme des ectomycorhizes  avec plus de 70 espèces différentes (Marx 1977). Il n’est plus à démontrer  que les  champignons mycorhiziens améliorent  le statut hydrique  de leurs hôtes (Safir  et coll. 1971, Allen et coll.  1981, Ellis et coll. 1985) .Et procurent une meilleure nutrition minérale  (Lapeyrie  et coll. 1984, Ho. et coll. 1979, Bjorkman 1970, Botton. et coll.1970, Calleja .et coll.1980,Mousin et coll. 1988. Strullu 1991. Egalement  elles   leur apportent une certaine tolérance  aux  différents  stress  biotiques et abiotiques. (Marx 1972, Perrin  et Garbay 1982, Dehne 1982, Stack et coll. 1975).
Actuellement avec l’intensification de l’utilisation massive  des pesticides pour le contrôle phytosanitaire des végétaux et leur accumulation dans la biosphère, les champignons mycorhiziens comme le reste du monde vivant   subissent l’action néfaste de ces  xénobiontes que ça soit  en pépinières, sur les sites de reboisement ou  en forêts.
En plus certains de ces microrganismes dégradent les substances organiques nocives et de ce fait peuvent être exploités  dans les projets de  phytoremédiation et de dépollution de sites contenant ces  xénobiontiques (Langlois 1998, Joner et Leyal. 2003.).
Notre travail à consisté en l’étude de comportement de certains isolats marocains de Pisolithus tinctorius  vis à vis de quelques pesticides : fongicides, herbicides et insecticides de grande utilisation au Maroc en vue de caractériser la sensibilité de ce champignon, la  variabilité intra spécifique des souches de notre mycothéque et la recherche d’éventuels isolats tolérants aux pesticides testés, et susceptibles d’être intégrés dans un programme de mycorhization contrôlée de l’Eucalyptus,ou utilisés dans un projet de phytoremédiation.

 

MATERIEL ET METHODES

Matériel fongique
Le champignon ectomycorhizien utilisé pour cette étude est : Pisolithus tinctorius (Pers.) Coker and Couch [Syn.p P. arhizus (Scop.: Pers.) Rauschert]. Les différents  isolats de ce champignon, ont été  prélevés dans la forêt de Sidi yahya (Nord-est de Rabat) le long d’un transect d’une trentaine de Km. Pour cette étude on a utilisé onze isolats de ce champignon répertoriés sous  les numéros suivants.1,3,8,9,10,14,15,16,24,25,27.

Milieux de culture
Pour l’entretien, ainsi que pour le suivi de la croissance des isolats de  Pisolithus tinctorius  le milieu de culture utilisé est celui de Melin et Norkrans modifié par Marx (1969)  « MNM » dont la composition est comme suit:
CaCl2 0.05g/L, NaCl 0.025g/L, KH2PO4 0.5g/L, MgSO4.7H2O 0.015g/L, FeCl3 0.012g/L, NH4.NO3 0.15g/L, Thiamine 0.0001g/L, Glucose 10g/L, Extrait de Malt 3g/L, Eau distillée q.s.p. 1 L. Le pH est ajusté à : 5.5 avant autoclavage. Le mélange est stérilisé par autoclavage à 120°C et à deux bars pendant 20 minutes, les pesticides testés sont ajoutés au milieu de culture à différentes concentrations. Après refroidissement partielle le milieu est coulé dans des boites de pétri préalablement stérilisées à l’étuve à 180°C pendant 2 heures. Après ensemencement les boites sont incubées à 26°C à l’obscurité, la mesure de la croissance des mycélia  est effectuée à la fin de la troisième semaine d’incubation.

Les pesticides utilisés

  • Sumisclex 50 %
    Matière active : Procymidone (50%) : C13H11Cl3NO2- ou N-(3’-5’dichlorophényl)-1,2-diméthyl cyclopropane-1,2-dicarboximide : c’est un fongicide.
  • Clincher 200 g/l
    Matière active : Cyhalofop butyle appartenant à la famille des Aryloxyphenoxy propionate. C’est un herbicide.
  • Granstar 75
    Matière active : 50% Tribénuron méthyle C15H17N5O2S, appartenant à la famille des Sulfonylurées.C’est un herbicide sélectif.
  • Pirimor 50%
    Matière active : Pyrimicarbe (50%): C11H18N4O2 ou (N,N-diméthyl carbamate) c’est un insecticide.

Le tableau 1 nous résume  les propriétés biologiques, la nature de la matière active  ainsi que les concentrations utilisées dans ce travail.

 

RESULTATS & DISCUSSIONS

Action d’un fongicide

  • Procymidone
    Les essais préliminaires ont montré que l’action inhibitrice  dépend de la concentration du fongicide dans le milieu avec les concentrations inférieures à 0.5 g /L tous les isolats testés peuvent pousser mais l’inhibition est fonction de la concentration  jusqu'à 0.5 g/l qui constitue la concentration létale pour la plupart des isolats.
    Les résultats de l’action inhibitrice de la procymidone sur la croissance des différents isolats de Pisolithus tinctorius sont portés sur la Figure 1.
    On constate qu’avec  0.5 g/L de Sumisclex, on observe une inhibition totale pour les isolats 3,8, 9, 14,16, 25 et 27, tandis ce que la croissance des autres isolats est seulement ralentie. A noter pour les  isolats 3 et 14, la croissance du champignon se fait seulement sur l’inoculum, il subsiste sur les restes de la culture mère, En effet la concentration 0.5g/l représente une concentration létale pour  la plupart des isolats. Pisolithus tinctorius présente une sensibilité vis-à-vis de cette concentration du Procymidone, Le sumisclex est un fongicide qui inhibe la croissance des champignons. On observe  également   une variabilité intra spécifique  au sein des isolats en effet L’isolat 24 s’avère le plus tolérant  aux concentrations très élevées testées de Procymidone, les isolats 1,10,et 15  présentent également une certaine tolérance mais moins marquée que la 24 .
    L’effet collatéral de l’utilisation des fongicides est connu depuis longtemps les champignons mycorhiziens en général sont touchés lorsque on traite contre des pathogènes (Iyer et Wild  1965 ; Dehne 1984). L’action inhibitrice dépend de la nature de la substance active .O’Neil et .Mitchel en 2000 ont montré que le Benomyl est plus toxique que le Captane sur le développement des champignons mycorhiziens et sur les mycorhizes. Egalement il y a un effet concentration  et nature de traitement.Laatikainen. et Heinonen-Tanski  en 2002 ont montré que les fongicides sont plus toxiques que les autres pesticides vis a vis des champignons ectomycorhiziens et même au niveau de ces champignons il y a un comportement différentielle certains sont plus sensibles que d’autres on constate même un effet stimulateur pour les faibles concentrations, résultats similaires obtenues avec les endomycorhizes Turk et coll. 2006.
    En ce qui concerne les concentrations utilisées qui sont élevées il ne faut tenir compte de la formulation du produit qui est de 50%  de matière active et de la faible solubilité de cette matière active dans l’eau.

Action d’herbicides

  • Cyhalophop buthyl
    Les essais préliminaires  avec les concentrations  10 et 50 mg/l, ont montré qu’il n’y a pas de grande  différence de croissance du champignon à ces concentrations. Les cas de tolérance sont apparus après application de concentrations inférieures ou égales à 75mg/L. Cette concentration a été retenue pour la suite des essais. La Figure 2 représente les résultats obtenus du criblage des isolats.

    Ainsi on remarque une hétérogénéité de réponse des isolats vis-à-vis de l'herbicide testé, et un effet d'inhibition corrélé à la concentration. Les taux d’inhibition les plus élevés sont obtenus pour 75mg/L à cette concentration, les isolats 10, 16 et 27 se sont montrés les plus sensibles (I= 100%), alors que les isolats 8 et 24 étant les plus tolérants.

    Les autres isolats  présentent  une  sensibilité intermédiaire et on peut les classer par ordre de sensibilité croissante comme suit : 1, 14, 15, 25, 3, 9.
  •  

  • Tribenuron methyle (TBM)
    Les essais préliminaires ont permis de cerner la sensibilité des isolats de Pisolithus  à l’égard du TBM. En effet l’inhibition commence à partir de 0.5 g/L, et  augmente avec la concentration. La  valeur  de 1g/L qui est une teneur en pesticide intermédiaire a été retenue pour  discriminer la réponse des isolats. Les taux d'inhibition obtenus sont présentés dans la Figure 3.

    Les taux d'inhibition ne sont pas très élevés comme ceux des autres pesticides testés. Le pourcentage d’inhibition des isolats 9, 15, 27 et 1 ne dépasse pas 15%, et sont donc plus tolérants que les autres isolats  pour les quels les  pourcentages d'inhibition ont varié de 30.8 à 42.2% pour les isolats 25 et 3 respectivement.

    Les faibles taux d'inhibition enregistrés pour le TBM peuvent être dus à la dégradation plus ou moins partielle du produit par autoclavage. En effet cet herbicide appartient à la famille des sulfonyles urées réputés pour leur faible stabilité aux températures élevées.

Action d’insecticide

  • Perimicarbe (Pirimor)
    Pour cet insecticide les essais préliminaires de suivi de croissance des isolats : 1, 3, 10, 15, 16 et 24 a été réalisé avec une gamme de trois  concentrations : 0,1 g/l, 0.25g/l et 0.5g/l.
    D’après ces résultats, on a constaté une inhibition à partir de 0.1 g/l qui sera plus  marquée à 0.25g/l. En revanche,  une inhibition totale avec 0.5g/l  a été obtenu avec tous les isolas testés.

     

    Pour une bonne discrimination le criblage des isolats sera suivi en présence de 0.1g/l et 0.25g/l de perimicarbe. La Figure 4  montre les résultats obtenus.

    On constate une inhibition plus importante en présence de 0.25g/L de Pirimor pour tous les isolats testés par rapport à celle en présence de 0.1 g/l, dont le taux d’inhibition pour chaque concentration est indiqué dans le graphe 4.
    Les isolats 14, 8, 9 et 3 sont les plus résistants, alors que les isolats 16, 24 et 15 sont les plus sensibles par rapport aux autres isolats.
    La concentration 0.5g/l de Pirimor représente la concentration inhibitrice pour touts les isolats ; alors qu’en présence de 0.1g/l et de 0.25g/l, la croissance des isolats est hétérogène, c'est-à-dire que les isolats ont un comportement différent vis-à-vis de Pirimor.

    Des résultats trouvés, on peut dire que les souches testées présentent une variabilité de comportement vis-à-vis des pesticides testés. En plus de la variabilité à l'égard de chaque pesticide testé, les différentes souches se comportent différemment vis-à-vis des autres pesticides. Ceci peut laisser suggérer une variabilité de comportement avec d'autres pesticides non testés. Les cas d'inhibition totale n'ont été observés que pour des concentrations très élevées non rencontrées dans la pratique.  La  tolérance observée peut être due en partie à la dégradation du produit sous l'effet de l'autoclavage ou à sa métabolisation par les champignons. Des cas de métabolisation de pesticides comme le 2.4D et le 2,4,6 trinitrotoluène ont été rapportés (Meharg et coll. 1997;. Scheibner et coll.1997) ;

    Ce comportement tolérant de la majorité des isolats peut encourager l’usage des pesticides dans des programmes de mycorhization contrôlée, pour des projets de reforestation, ou utilisés à des fins de dépollution et de phytoremédiation de sites pollués par des substances organiques.

 

REFERENCES

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